Ysbée : poèmes
25 avril 2009

Ici l’attrait et l’effroi vont de pair.
Comme en raison de leur égale puissance
Aucun des deux n’a le pas sur l’autre,
A moins de voir clair jusqu’au dénouement,
Saura-t-on lequel l’emporte pour finir ?
Louis-René des Forêts, Poèmes de Samuel Wood.
Passant en perspective
Renaissante – au-delà du temps
Pressée de départs – tu voyages
Sur un fil – au rythme des lames
Esquivant leur acier –
Qu’il faille – affiner
Des fleurs torrentielles
Comme si l’eau se voulait volcan,
Qu’elle fût feu –
Tu avances sur la pointe
Des pieds – jusqu’à l’embouchure
Avec les mots – limon
Tu dois composer
Sur chacune des rives – épeler
La vivacité fertile du fleuve –
Son extension – s’y domestiquer.
De nuits prochaines
Vivante – sur l’échelle
Où je montai jadis – soulevée
Par les oiseaux –
Préhistoriques –
Je vais plus haut que les femmes –
Mes intervalles ont la couleur
Des fresques de Giotto –
Je vole – entre la rose et le bleuet
Mon odeur a la subtilité
Des chairs entre l’enfance
Et la maturité –
coraux de nuits accumulés –
Flamme d’eau rétractile.

Je te donne une sonate
Avec des l – notes sidérales
Qui nous emportent vers les villes
Aux parfums pourpres des fleurs –
Encore à naître –
Ô grand oiseau des neiges – éternel fiancé de l’air
tes ailes-cendre ont touché d’autres confins
si noires tes plumes, si vierge ton verbe –
étrange – vol à l’envers – cavalier
d’un vent vertigineux – qui te crucifie
aux cimes où tu aspires –
Dans le cercle fermé de tes doubles prunelles
Où j’ai revu se défaire mon innocence première
Apprends le secret que j’aurais longtemps cherché
A moins de pister le temps jusqu’à la grève fabuleuse
Où enfants que talonne aux grolles la gueuse prêtraille
On dictait à nos jeudis pubères des jeux surannés.
Louis-René des Forêts, Les Mégères de la mer.
Cruelle scansion du clown –
Tu caches une croix – sous tes rires stridents
Un deuil sous tes farces – un cri sous tes mensonges –
Une béance sous ton corps séduisant
Clown blanc – Tu pleures
et tu ris en même temps –
Affublé d’un bonnet d’âne
de plumes pourpres et de pompons d’argent –
Ton désir – dans l’ombre
Gonfle son dos – nourri d’oranges
Le cirque – glaciaire
Fond aux approches du Verbe –
A grandes trombes – sous la gigue
Des eaux dormantes – tu recueilles
Un limon – la saumure des nuits
La bouche du néant.
Louis-René des Forêts, Poèmes de Samuel Wood.
Le détachement – est une vertu violente –
Un vide – pour un plein
Une absence – pour la Présence
Dissoudre la citadelle – songes et mensonges
Sphinges – sangs – syllabes
Ressouder le réel – Sa dynastie
Choisir – contre soi – l’harmonie
De peur que le jour ne s’éteigne –
Qu’il faille se crever les yeux – Pour la lumière.

Jardin couvert d’orties
Solitaire – sans dessein,
Ordre, ni main amie
Ne te maintiennent –
Que n’eussé-je
Omis le voile –
Son rebord – écarlate
Eût élargi l’Oreille –
Efflorescence d’étoile
Laiteuse – La dent
Se déploie – sans repos
Empreinte du désert –
Nul n’a su énoncer – la fleur
Son éclosion – sur la montagne –
Vierge de tout nom – le silence
Seul – eût rehaussé son pétale-pourpre
Eternel – Hôte soudain
Convexe – concave
Témoin fini – doué de l’Infini
Joie de l’Aube – après l’interminable nuit
Ce prodige advient – qui n’est jamais parti.
Veuille t’abolir – ô peine
Ne pas surenchérir – sans répit
De ton étincelant couteau –
Quand, dans le cœur, il plonge
Sa pointe s’obstine – lancinante –
Puisse-t-elle lâcher – sous un autre
Eclat – dans les ténèbres –
Tomber en terre – sous la cendre
Un feu fructifie – la fleur à venir.
Antigone vivante
En son tombeau de vers –
Dresse une stèle – à la poésie –
Y renonçant – Elle la choisit –
Celle qui meurt – Porte le fruit
Née de la fleur – La plus extrême –
Nul paradis ne surpasse sa maison
Sans porte ni fenêtre – sa chambre
Secrète – hantée – ou plus encore –
A nulle fraction
Plus bel écrin –
Faire halte –
Devant ce jardin –
Sur le tapis du seuil –
Le sceau – royal
A resplendi
De son attention –
