Pianiste
Elle n’a que quatre ans, Anna, et pourtant elle frappe
le piano plus fort que jamais. « Les touches noires,
elles sont meilleures que les blanches, car celles-ci,
on les attrape bien. « Elle te plaît, donc, ma mélodie ? »
« Merveilleusement, Anna ! » Elle se tord de rire
et reprend aussitôt sa frappe, ping, pang, et boum !
Comme elle doit un instant reprendre souffle dans sa fureur,
je hasarde, timide, une question toute bête :
« Dis-moi, Anna, pourquoi joues-tu seulement là-haut
en laissant de côté les notes les plus graves, qu’on peut,
je pense, utiliser aussi ? » Elle cesse soudain
de se déchaîner et murmure d’une voix gave : « Tu sais, celles-ci
sont méchantes » et appuie très doucement sur le ré bémol contrapuntique. Alors là,
j’ai dû la féliciter d’être une enfant supérieurement douée…
(Traduction de Claude Vigée et Anne Mounic)