Bandelette de Torah
En l’honneur de l’Eternel, cela a été fait, cette bandelette et ce manteau, par la jeune et digne demoiselle, Simhah, fille du chantre Joseph Hay, fils du sage et noble Isaac.
– 1761, Musée du Judaïsme, Paris
On a soif du verbe intermédiaire entre nous,
entre au-dehors et dedans, entre l’Europe
et l’Amérique, entre le Juif et son autre,
le verbe et le non-verbe.
Dans la vitrine du musée, on a scellé sous verre
la croyance. Le Yod d’or, comme un poing
d’où pointe un doigt, indique où la lettre
se libère, davar doublant l’aleph pour en faire une chose.
On avait soif alors de tissu ouvragé, de brocart
de fil, de damas cousu d’or, de franges mosaïques,
d’incrustations de plomb ou de laiton, le chantre
levant toute lourdeur de la page, chantant à voix forte
la splendeur perdue. Il suivait le Yod d’or de la divination,
le verbe alchimique psalmodiant la mesure du trône
en un lexique désuet de coudées et de myriades. L’étoffe
reposait sur le rouleau ouvert entre Athènes et Jérusalem,
entre bibliothèque et songe. Et si Athènes ne se pénétrait
que grâce au syllogisme ou si le ciel de Jérusalem
se couvrait d’inscriptions en un labyrinthe de feu, en graves silhouettes,
en textes infaillibles ? On avait soif du monde égaré
qui s’étendait entre Jérusalem et Athènes. Par la suite, la terreur
devint son lot, flammes au-delà de la remontrance,
synagogue et fidèle en cendres. Celan dans la Seine
avec son syllabaire. Les mots ressemblaient à des nopes dans l’étoffe tissée.
Ils traversaient le rouleau manuscrit, encre sur papier
dans l’entour d’ombre, au désespoir de se mêler
à la matière. Les mots se tenaient entre nous, en suspens
pour s’élever dans la nuit constellée comme une tâche pour la ville,
pour pénétrer en ce lieu-ci sans protection entre l’Un
et le rien, rien que pour exister comme issus de l’écho
entre espoir et horreur, entre sonorité sacrée
et air profane. Entre Athènes, Jérusalem et l’Amérique.