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Marilyne Bertoncini, poèmes

25 avril 2015

par Maryline Bertoncini

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Marilyne Bertoncini, poèmes

coquelicots

Sous ma peau coule un vivant paysage
de prairies de rivières d’étangs
Fines nervures de racines
entre souvenirs et présent
tissant la douce tapisserie

ma doublure mon double

Mon front contre la vitre blême
s’épanche au long des rails
sur les remblais
dans l’aube du voyage

mon reflet inversé l’image de mon âme

Dans le matin engourdi qui somnole
au rythme des traverses je sème
de fragiles fantômes

Pa vots Papa veri
Pa vone Cada veri

fleurs de l’oubli

Au-delà du ballast
leurs têtes sémaphorent
au souffle de la rame
qui s’époumone
qui m’emporte

ni pavot de la mort à feuilles de velours
ni ponceaux des jardins mais
anémiés fragiles
ni mauves ni fleurs sauvages
pâles nuances de lilas

zébrure double sur la vitre du train
cicatrice ancienne au rebord des talus

Exangues
désincarnés
drapeaux claquant
au vent marin

finesse de paupière des pétales en transparence
scellés posés aux souvenirs d’enfance

Tête penchée sur le talus
chiffon de soie fripée
promesse dans la pelucheuse
tendresse verte du bouton
qui cloque
puis claque
sous l’ongle
distrait

impalpable rêve de chair
évanoui dès qu’on l’effleure

Coquelicots-poppies
au bruit de baiser
sur des lèvres humides
la pulpe tendre des pétales
empouponnés au bout des doigt

éphémère et banale
fleur sans calice
et sans calcul
fleur sans fard au nom éclatant
tourmentée par le vent comme un précaire
calicot

portant inscrits les mots
pâlis
de
la
mémoire.

*

La Quête d’E.

Tu leur diras
Orphée
l’haleine du vent gris où la raison vacille
le souffle qui tourmente
les mots dans ta poitrine
tous les démons prompts à
te déchirer

*

Empêtré dans les plis de sa robe
tu pèses sur le bras du vent

Vois
comme il imprime l’eau
de son pas
comme Il pétrit l’air
et toi
souffle court
tu plies comme le saule
et le docile osier

*

Des poissonges se prennent aux cheveux
du vent
il agite ses branches
comme une grande cage
et dans le reflet de ses yeux
clapote la couleur
de ta défaite

*

La voix du vent résonne
dans le ventre du monde
et fait pleurer ta lyre
sa longue plainte
grise

Eurydice t’attend.

Extraits de Fantômes d’E(urydice).


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