Liliane Atlan
28 septembre 2008
Liliane Atlan, Le Maître-mur. Double hache, collection dirigée par Hugo Horst. Liancourt : Dumerchez, 2004. Couverture de Monique Marx. Relecture de Daniel Cohen.

Ce recueil de poèmes, en prose pour beaucoup, est traversé d’un espoir d’ouverture, mais aussi marqué de désillusion :
« Je ne parle à personne
Aucun chant personnel ne sauvera personne » (p. 58)
Le temps réserve des extases au sein d’une durée ingrate et sans joie – un enfermement :
« Nos moments de bonheur sont des pièces d’or
payées par de longues prisons. » (p. 100)
Sur le poète pèse le souvenir du pire :
« Maître des génocides
Rien de nouveau sous le soleil
Passe et repasse le chariot
Marque du signe de Caïn » (p. 112)
Elle constate d’une part :
« nul prophète n’a jamais dans aucune vallée réveillé d’ossements
ni donné de véritables lois des lois pour mauvais temps » (p. 52)
mais affirme d’autre part :
« Nous sommes trop humains pour vivre inhabités à votre image nous sommes pris de logorrhée »
L’intériorité, en ces temps toujours tentés par la cruauté (« Les hommes – vautours cassés jusqu’à terre annonçaient l’éternel retour des temps d’Hitler », p. 90), s’avère une conquête, que l’on peut négliger, bien sûr :
« Ne l’oublie jamais, il existe, quelque part en toi, une porte derrière laquelle tu vis, châtelain au secret, une vie qu’il t’est donné d’ignorer, ésotérique, comme ton sang, comme tes ossements. » (p. 106)
Sans doute cette lutte-là, pour être au plus profond, alimente-t-elle le seul espoir véritable : « La joie est telle que la raison s’y abîmerait » (p. 67). Telle est la conclusion du poème intitulé « Montagne », qui débute par ce vers :
« Je n’ai qu’une chose à dire mais elle est infinie. »
Cet infini-là mérite toute notre attention.