Henri Meschonnic : poèmes
28 septembre 2008
des cheveux tremblent sur des pierresje vois les confondus en terreles gestes creuxles ventres de la viedans un sol où se fondent des osune terre écorchée de légendeles cris de ces yeuxgouttent sur l’herbeje plonge mes bras dans le vivierdes morts
tous ces corps déverséssont une pluie tariela peau des cris est une plaieprès de leur boucheet mes yeux de jeunesseune mer ensemencéede ces cheveux collés
les mots me vieillissent ou me font jaillirils me mêlent aux autresils liment nos solitudespour nous rejoindre
on n’a pas fini de naîtreon crie en sursisles lèvres suspenduesà des mots qui ne sont pas dits
je rouvre les doigts de mon enfancesur des yeux couverts de crisle bonheur a peu de placele soleil mange des larmesle jour cache sa verminedans mes paumes je voisceux qui comptent leur vie
je voisles lèvres écrasées des mainsles morfondus leurs supplicessur le dosleurs sourires sont des bêtesqui se retournent dans leur gorgel’exode est un arbre brûlé fuir
je marche mon exodeil n’y a plus de chantsje ne demande plus rienje suis la plaie où les mensonges brûlentc’est sous ma peau que remue le mondela peur tremble embourbéeon avanceje marche derrière ma viecomme un esclaveje ne supporte pasle spectacle de mon visage
fuirde tout mon visagefuirvivrela terre lourde de crisemplit mes oreilles mes mainscomme un sommeiloù est ma sagesseon pouvait boire dans ma joie pour un désertle mur de mes amoursne me protège plusimmobile dans le désordre de ma peurje tends mes douleursj’émigre mes torturesje suis lui et lui elle et lui
je montre mes mains de paixj’ai perdu le compte des douleursles cris sont une mèreles morts n’ont pas besoin de drapsje palpe la viede mon rirele soleilcolle les mouches sur ma peaules gestes de ma misèrepressent ma peurcontre ma peaule visage de la guerrea pris la forme de mes os
les hommes ressemblent à leurs fablesils ont l’uniforme des victimesla lumière est la complice de leur faimquand ils reçoivent le soleil