L’origine des espèces
“Une heure entière, dans le froid et sans petit déjeuner,
Sur les propriétés de la rhubarbe ». Voici le souvenir
Qu’avait Charles Darwin des conférences hivernales
D’Andrew Duncan sur la materia medica.
Une seule, et nette, appréhension dans le matin gelé :
Le bruissement de la robe de velours noir de sa mère.
Sa dépouille mortelle reposait en l’église St Chad à Montford.
Collectionneur d’œufs d’oiseaux, de minéraux, de sceaux, de pièces
Chasseur de gibier à plumes à profusion dans le ciel.
On caractérisait ainsi les lieux ces jours-ci : le roc
Devait être condensation sédimentaire, c’est ainsi que le temps
Effleurait les confins de l’éternité. La flore coloniale
Se détaillait aux hommes de la Compagnie des Indes
Qui avaient besoin là-bas de leurs ressources d’herboristes
Dans ce méli-mélo d’espèces.
Pendant ce temps la chirurgie (moins l’anesthésie)
Suscitait la nausée. Pendant l’opération
A l’hôpital, d’un enfant qui hurlait,
Il prit la fuite.
Sans diplôme, pris d’aversion pour la médecine,
Darwin quitta Edimbourg. Avril 1827.
Et se rendit à Cambridge
Pour passer des années à collecter avidement des scarabées dans le Norfolk.
John Edmonstone, esclave libéré de Guyane
Lui appris pour les oiseaux l’art de la taxidermie.
Les îles Galápagos en regorgeaient.
La roche noire volcanique
Attendait la proue du Beagle.
Pinsons au bec de longueur variée
S’égaillaient, ailes battantes, dans les menus intervalles
Avant que Darwin ne lève vers le ciel le canon de son arme.